EI, SARL ou SAS : quel statut choisir quand on crée son entreprise ?

L'essentiel : il n'existe pas de « meilleur » statut dans l'absolu. L'EI est la plus simple pour démarrer, la SARL offre un cadre protecteur avec des cotisations plus légères pour le gérant majoritaire, la SAS apporte la souplesse et le statut assimilé-salarié. Le bon choix dépend de vos revenus visés, de la protection sociale que vous voulez et de votre projet à trois ans.

« EI, SARL ou SAS ? »

C'est l'une des premières questions du créateur d'entreprise — et l'une des plus lourdes de conséquences : elle engage votre protection sociale, votre retraite, votre fiscalité et même le patrimoine de votre famille, pour des années. Pourtant, on la traite souvent en dix minutes, sur un coin de table, en ne comparant qu'une seule chose : le taux de cotisations. Voici le comparatif complet, chiffres 2025-2026 à l'appui.

Trois familles de statuts, en deux mots

L'entreprise individuelle (EI) : la plus simple. Pas de société à créer, un patrimoine professionnel désormais séparé du personnel (depuis 2022), et le régime social des indépendants. Idéale pour tester une activité seul, avec peu de risques et peu de formalités.

La SARL (ou EURL seul) : la société « classique ». Le gérant majoritaire y est Travailleur Non Salarié (TNS), affilié à la Sécurité sociale des indépendants — comme l'entrepreneur individuel.

La SAS (ou SASU seul) : la société « souple ». Le président y est assimilé salarié, affilié au régime général — la même caisse qu'un cadre.

La vraie ligne de partage n'est donc pas entre EI, SARL et SAS : elle est entre le régime des indépendants (EI, gérant de SARL) et le régime général (président de SAS). Et c'est cette ligne qui change tout.


La question mal posée : « quel est le moins cher ? »

Posée ainsi, la réponse est vite trouvée : les cotisations d'un TNS représentent environ 45 % de sa rémunération nette, contre 75 à 80 % pour un président de SAS. Beaucoup de comparatifs s'arrêtent là — et beaucoup de créateurs choisissent la SARL sur ce seul chiffre.

Le problème, c'est qu'une cotisation n'est pas une taxe : c'est un achat de protection. La bonne question n'est pas « combien je paie ? » mais « qu'est-ce que j'achète ? ». Et là, l'écart est considérable.

Ce que vos cotisations achètent (ou pas)

La maladie : couverture correcte en TNS, mais des indemnités journalières limitées. Au régime général, la couverture est celle d'un salarié.

La retraite : faible de base en TNS — la plupart des indépendants doivent souscrire un contrat Madelin pour compenser. Complète en SAS, avec les points AGIRC-ARRCO qui s'accumulent chaque année.

Le décès : c'est l'écart le plus méconnu. Le capital décès d'un indépendant est de 9 612 € (2026). En SAS, entre le régime général et la prévoyance cadre obligatoire, on dépasse 20 000 € de capital — auxquels s'ajoutent une pension de réversion nettement supérieure pour le conjoint et, surtout, une rente pour chaque enfant jusqu'à la fin de ses études. Si vous avez des enfants à charge, ces chiffres doivent peser dans votre décision.

Le chômage : aucun des deux régimes ne le couvre. Dans les deux cas, la protection passe par une assurance privée — comptez environ 1 000 €/an et plus selon l'âge et le revenu.

Le piège que l'on découvre trop tard : la dette URSSAF personnelle

Voici le point que presque personne n'explique au créateur. Si l'entreprise dépose le bilan avec des cotisations sociales impayées :

En SAS, ces cotisations sont une dette de la société. La liquidation les solde. Vos biens personnels ne sont pas en jeu, sauf faute de gestion grave prouvée devant un tribunal.

· En EI comme en SARL (gérant TNS), les cotisations d'indépendant sont une dette personnelle. La liquidation de la société ne les efface pas : l'URSSAF peut poursuivre le dirigeant sur ses comptes, ses revenus futurs, ses biens.

Pour un dirigeant dont l'activité comporte des aléas — bâtiment, restauration, commerce —, ce seul critère peut justifier le choix de la SAS.

Dividendes : l'autre grand écart

En SARL, les dividendes du gérant majoritaire sont soumis aux cotisations TNS au-delà de 10 % du capital : impossible d'y échapper. En SAS, les dividendes ne supportent aucune cotisation sociale — uniquement la flat tax, passée à 31,4 % en 2026.

Concrètement, le président de SAS peut moduler chaque année la répartition entre salaire et dividendes selon les résultats réels : salaire modéré et dividendes élevés les bonnes années, salaire seul les années difficiles. Ce levier d'optimisation n'existe tout simplement pas en SARL.

Le coût réel, à protection équivalente

Refaisons le calcul honnêtement. Pour qu'un gérant de SARL soit protégé comme un président de SAS, il doit ajouter à ses cotisations : une vraie mutuelle, une prévoyance pour les arrêts de travail, une retraite Madelin, une assurance décès pour sa famille. Sur une rémunération de 2 000 € nets par mois, le total ressort autour de 21 650 € par an.

En face, la SAS — où presque tout est déjà inclus dans les cotisations — revient à environ 19 500 € par an. À périmètre de protection équivalent, la SAS est donc moins coûteuse. L'économie apparente de la SARL n'est pas fausse : elle est incomplète.

Alors, comment choisir ?

L'EI garde sa place pour tester une activité seul, simple et peu risquée. La SARL reste pertinente si vous maîtrisez votre coût de structure, acceptez une protection réduite à compléter en privé, et exercez une activité à faible risque. La SAS s'impose dès que vous avez une famille à protéger, un patrimoine à sécuriser, ou des bénéfices réguliers à distribuer.

Il n'y a pas de mauvais statut — il y a des statuts choisis sans avoir toutes les cartes en main. Ces montants sont des ordres de grandeur : chaque situation est particulière, et mérite une analyse qui regarde les deux faces du sujet — les chiffres, et votre protection.

En résumé

Le choix du statut n'est pas une formalité administrative : c'est votre première décision de protection — pour vous et pour votre famille. Comparez ce que les cotisations achètent, pas seulement ce qu'elles coûtent. C'est l'une des bases que je travaille dans la formation Les Fondations du créateur : choisir son statut, fixer son prix, piloter sa trésorerie — expliqués simplement, sans jargon. Et si vous voulez comprendre pourquoi des entreprises rentables finissent à sec, ma conférence offerte est là pour ça.

François Muller — Stratégies. Conseil aux dirigeants de TPE et PME, partout en France (présentiel en Normandie). Vingt-cinq ans à la tête d'entreprises, quinze ans à accompagner celles des autres.

Questions fréquentes

Peut-on changer de statut après la création ?

Oui — passer d'une entreprise individuelle à une société (SARL ou SAS) est un parcours classique quand l'activité se développe. Mais le changement a un coût (formalités, fiscalité du passage, accompagnement) : mieux vaut choisir dès le départ le statut cohérent avec votre projet à trois ans.

Quelle est la vraie différence entre SARL et SAS ?

Au quotidien, surtout la protection sociale du dirigeant : le gérant majoritaire de SARL est travailleur non salarié (cotisations plus faibles, couverture moindre), le président de SAS est assimilé salarié (cotisations plus élevées, meilleure couverture retraite et prévoyance). La SAS offre aussi des statuts plus souples pour accueillir des associés ou des investisseurs.

Faut-il se faire accompagner pour choisir ?

Oui. Chaque situation est particulière : revenus du conjoint, patrimoine, aides à la création, projet de revente… Faites valider votre choix par votre expert-comptable ou votre avocat. Et si vous voulez en parler d'abord simplement, mon premier échange est offert.

François Muller — Stratégies · 25 ans de direction d'entreprise, 15 ans d'accompagnement des dirigeants de TPE et PME.
Publié en juillet 2026 · Mis à jour le 3 octobre 2026.
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